La nouvelle édition du Traditionsbuch de l’abbaye de Klosterneuburg dans la série Fontes rerum Austriacarum (section Fontes iuris) est l’aboutissement d’un desideratum ancien que Karl Brunner, directeur de l’Institut für Realienkunde des Mittelalters und der Frühen Neuzeit de l’Académie autrichienne des sciences entre 1996 et 2003 puis directeur de l’Institut für Österreichische Geschichtsforschung entre 2002 et 2009, vient de combler. Il a repris l’édition réalisée en 1851 par Maximilian Fischer, archiviste et chanoine de Klosterneuburg, dont il a corrigé les nombreuses erreurs dans les transcriptions. Il y a ajouté un apparat critique ainsi qu’une introduction pour présenter le manuscrit et ouvrir les perspectives en termes d’histoire politique, sociale, économique de l’abbaye et de sa région.

La fondation du monastère de Klosterneuburg prend place dans le territoire des margraves des Babenberg qui affirment ainsi leur pouvoir sur des terres sous leur domination. Cette abbaye princière voit le jour vers 1108 et elle est le fruit d’une fondation conjointe du margrave Léopold III de Babenberg et son épouse Agnès de Waiblingen (fille du roi). Après avoir été réformée en 1133 par le prévôt Hartmann (1133–1140), réforme qui ne semble pas avoir opéré un bouleversement majeur, la communauté est désormais un monastère double de chanoines et chanoinesses. Il devient un pôle privilégié pour l’élite de la région et les margraves bénéficient des réseaux souvent suprarégionaux de ses membres. Par ailleurs, la communauté s’illustre par un haut niveau d’instruction comme en témoigne la formation à Paris du prévôt Otton II, fils du fondateur (1126–1132). Sous les descendants de Léopold III, Klosterneuburg est supplanté par Vienne comme siège du pouvoir, notamment quand le margraviat devient un duché en 1156. Après avoir rappelé ces éléments historiques, Karl Brunner passe en revue les entrées les plus marquantes du Traditionsbuch par ordre chronologique, témoignage d’une construction progressive de la communauté, de son patrimoine et de ses droits.

Karl Brunner réalise une présentation complète du manuscrit (coté n°1 dans les archives de l’abbaye) qui contient plus de 800 entrées de sa fondation jusqu'au milieu du XIIIe siècle. En raison de l’emploi dans environ la moitié des entrées du verbe »tradere«, on désigne cet ensemble comme un Traditionsbuch (et non un registrum privilegiorum contrairement à ce qui est inscrit sur la couverture arrière). Les 54 folios mesurant environ 364 par 248 millimètres se répartissent en 6 cahiers (plus le feuillet double qui servait de couverture avant celle actuelle datant de 1768). Après une description de la structure codicologique de chaque cahier en formulant des hypothèses sur les deperdita, Karl Brunner se range à l’avis d’Heide Dienst qui a reconstitué l’ordre initial des cahiers qui n'est pas celui actuel. La ventilation chronologique est donnée jusqu’aux entrées les plus récentes datées du prévôt Conrad Colstan (1226‑1257). À ces caractéristiques externes, s’ajoutent des remarques sur l’utilisation du manuscrit aux cours des siècles à travers l’observation des notes marginales. Aux côtés d’indications fréquentes que l’on retrouve dans d’autres manuscrits telles que les noms de lieux et de personnes (en l’occurrence les prévôts), la lettre C qui signale les donations de cens, on retrouve des éléments graphiques plus difficiles à interpréter comme les croix présentes à quarante-cinq reprises dans le premier et cinquième cahiers. Par la suite, Karl Brunner s’interroge sur les modèles qui ont servi à la rédaction des entrées et opte pour des feuillets de parchemin individuels, conservés en sous-piles avec de probables regroupements par lieux, témoins mais sans que cela soit systématique. La transcription n’est pas littérale car les mains ajoutent des informations lors de la transcription sans que la teneur juridique ne soit modifiée. Ces hommes qui ont réalisé les nombreuses entrées ont des origines et un niveau de langue très différents. Karl Brunner termine par des remarques sur le cens, la dénomination des biens donnés et sur les personnes.

L’introduction est complétée par une carte pour replacer Klosterneuburg d’un point de vue géographique et aussi dans le réseau dense des monastères. Deux autres annexes sont ajoutées: un arbre généalogique des Babenberg et une liste des prévôts pour situer chronologiquement les acteurs importants dans le développement du monastère. La partie consacrée au manuscrit contient un schéma des cahiers et des photographies du manuscrit.

L’édition constitue la plus grande partie du volume avec le choix de présenter les notices dans l’ordre actuel des cahiers (et non dans l’ordre probable d'origine reconstruit par Dienst). La numérotation de Fischer est celle conservée et celle de Dienst est aussi donnée pour permettre les correspondances. Les entrées sont datées avec approximation car elles ne comportent pas de date de temps. Deux index, de lieux et de personnes, sont proposés afin de procéder à des recoupements. L’édition corrigée des 813 notices courtes est accompagnée de paratexte et de remarques paléographiques.

À l’heure actuelle, les nouvelles éditions d’actes s’envisagent la plupart de temps avec une mise à disposition de ressources numériques. Le site https://fokus.stift-klosterneuburg.at/editionen/traditionscodex permet une consultation du manuscrit en regard de son édition. Cette dernière à comprendre comme le point de départ pour de futures analyses à propos des caractères internes et externes du manuscrit mais aussi à partir des informations que les actes véhiculent. La numérisation en ligne permettra une étude complète sur les mains qui reste un desideratum. Par ailleurs, de nombreuses prosopographies ont déjà été réalisées sur les personnes mentionnées dans le Traditionsbuch mais il s’agit désormais de descendre dans l’échelle sociale. Les actes donnent de nombreuses informations sur la région autour de Vienne et appréhendent à une échelle locale la société, notamment urbaine, dans toute son épaisseur quand elle interagit avec le monastère. Enfin, Karl Brunner appelle de ses vœux à des études comparées que cette nouvelle édition permet désormais.

Zitationsempfehlung/Pour citer cet article:

Claire de Cazanove Hannecart, Rezension von/compte rendu de: Karl Brunner (Hg.), Klosterneuburger Traditionsbuch, Göttingen (V&R) 2025 (Fontes rerum Austriacarum. Dritte Abteilung, Fontes iuris, 28), 602 S., 10 farb. Abb., ISBN 978-3-205-22154-8, DOI 10.7767/9783205221548, EUR 90,00., in: Francia-Recensio 2026/2, Mittelalter – Moyen Âge (500–1500), DOI: https://doi.org/10.11588/frrec.2026.2.116052