Conrad II, né vers 990, élu puis couronné à Mayence roi de Germanie en 1024, sacré empereur à Rome en 1027 (en tant que Conrad Ier), mort à Utrecht en 1039 puis enseveli à Spire, est le premier roi de Germanie et empereur de la dynastie salienne, ou salique, ou franconienne, qui n’aura duré qu’un siècle, jusqu’en 1125. Pour marquer le millénaire de son accession au trône, Julia Exarchos et Florian Hartmann ont rassemblé vingt-et-une contributions qui apportent des éclairages sur son règne dans le contexte européen.

À la suite d’une introduction dans laquelle les éditeurs rappellent que l’ouvrage est issu d’un colloque tenu à Aix-la-Chapelle en 2023 et présentent les apports des différentes approches – toutes dans un contexte européen – des auteurs, dont les textes sont présentés selon cinq axes.

Le premier est »Grundlagen and Bedingungen« (19–131). Julia Exarchos présente Conrad II et son temps, dans l’historiographie moderne, dans l’historiographie médiévale (dont son contemporain Wipo, auteur des Gesta Chuonradi imperatoris) et dans le contexte européen du XIe siècle. Après cette vue générale, Jürgen Dendorfer s’attache à questionner l’ascension de Conrad à travers sa parenté depuis Conrad le Roux, duc de Lotharingie († 955) qui avait épousé Liutgarde, fille d’Otton Ier. On reste dans le domaine de l’ascension avec Harald Müller, qui se concentre sur le trône de Charlemagne à Aix-la-Chapelle sur lequel s’assit Conrad à la suite de son couronnement à Mayence. Andreas Büttner s’intéresse au couronnement impérial de Conrad et de son épouse Gisèle à Rome en 1027 en tant qu’événement local et européen, qui n’alla pas sans conflit entre Allemands et Romains. Justement, Gisèle, »la compagne indispensable« selon Wipo, sert de motif à Linda Dohmen pour éclairer la place des femmes et des épouses dans les sources du règne de Conrad II.

Le deuxième axe est »Herrschaftpraxis und Integration« (133‑235). Franz-Reiner Erkens voit comment »le plus irréligieux des empereurs allemands« a effacé la sacralité du souverain, ce qui a abouti après sa mort à la querelle des Investitures. Jessika Nowak étudie la succession difficile du royaume de Bourgogne à la mort du dernier roi Rodolphe III en 1032, qui avait laissé sa couronne à Henri, fils de Conrad. Wolfgang Huschner examine de son côté la situation complexe à laquelle a dû faire face Conrad II dans la péninsule italique à la suite de son prédécesseur Henri II (r. 1014–1024). Steffen Patzold propose une édition du fameux édit de Milan du 28 mai 1037, par lequel Conrad, dans sa lutte contre l’archevêque de Milan, décidait que les vassaux détenaient héréditairement leurs fiefs et ne pouvaient en être dépossédés sans jugement de leurs pairs.

Dans le troisième axe, »Europäische Verflechtungen« (237–330), on sort des limites de l’Empire. Thomas Kohl se penche sur les relations de Conrad II avec les rois de France Robert le Pieux (r. 996–1031) et Henri Ier (r. 1031–1060), dont il a recherché »la concorde de paix« et »l’amitié«. À l’Est, avec la Pologne, la Bohême et la Hongrie, Julia Burkhardt montre que si les liens familiaux ont permis une consolidation des relations, ils n’ont pas empêché une certaine concurrence. Andreas Bihrer s’intéresse aux rapports avec Knut le Grand († 1035), roi d’Angleterre, de Danemark et de Norvège (qui donna sa fille Gunhild en mariage à Henri, fils de Conrad), et son fils Hartaknut († 1040). Julia Becker explore les conséquences de la réorientation de la politique vis-à-vis de l’Italie du Sud et Johannes Pahlitzsch va au-delà jusqu’à Constantinople en s’intéressant aux échanges intensifs qui ont eu lieu entre les deux cours.

Le quatrième axe est »Kirche und Papsttum« (331–366), axe essentiel pour tout empereur. Claudia Zey dresse un tableau des relations de Conrad II et de la papauté, avec les différents points de friction survenus durant son règne. Sarah Hamilton explore la diffusion de la missa pro imperatore en Angleterre à la suite de la présence de Knut le Grand au sacre de Conrad à Rome en 1027.

Le cinquième axe est intitulé »Kultur und Gesellschaft« (367‑472). Gerhard Lubich s’intéresse à l’écriture de l’histoire sous les premiers Saliens, tandis que Florian Hartmann reconstitue le savoir à l’époque de Conrad II à travers le recueil de lettres de Worms. Du point de vue social, Amélie Sagasser étudie le statut des juifs et du judaïsme dans le décret de Burchard de Worms. Benjamin Müsegades recherche les continuités des enterrements royaux entre Conrad II et Knut II (Hartaknut) et Édouard le Confesseur († 1042) à la suite de la mort de Gunhild (1038). Enfin, Knut Görich, en un chapitre conclusif présente la sacralisation de Charlemagne à Aix-la-Chapelle, depuis les Ottoniens jusqu’aux Staufen. Suit un index des noms de personnes et de lieux.

Même si l’on aurait désiré en introduction une esquisse biographique de Conrad II, Julia Exarchos et Florian Hartmann offrent au lecteur un livre indispensable et d’envergure sur le premier empereur salien, dont les diverses contributions montrent la richesse historique du règne et son influence européenne.

Zitationsempfehlung/Pour citer cet article:

Jacques Paviot, Rezension von/compte rendu de: Julia Exarchos, Florian Hartmann (Hg.), Konrad II. (1024–1039). Die Anfänge des salischen Königtums in europäischer Perspektive, Köln (Böhlau) 2025, 482 S., 2 Abb., ISBN 978-3-412-53211-6, EUR 80,00., in: Francia-Recensio 2026/2, Mittelalter – Moyen Âge (500–1500), DOI: https://doi.org/10.11588/frrec.2026.2.116057