La base de cet ouvrage est la thèse soutenue par l’auteur à l’université de Lille en 2010. Auparavant et durant la quinzaine d’années qui ont suivi, Henri Simonneau a développé ses recherches, notamment en compagnie de Torsten Hiltmann, Franck Viltart et Nils Bock pour la création de la base de données en ligne »Heraudica. Les hérauts d’armes dans les sources bourguignonnes (1383–1519)«, alors hébergée par l’Institut historique allemand de Paris. Si celle-ci n’est plus accessible, le livre d’Henri Simonneau nous permet d’en entrevoir la richesse. Celui-ci arrive aussi à la suite des actes du colloque Le héraut, figure européenne (XIVe–XVIe siècle) (2006), et de l’ouvrage de Pierre Couhault, L’Étoffe des hérauts. L’office d’armes dans l’Europe des Habsbourg à la Renaissance (2020), ce qui fait que le lecteur dispose d’un beau triptyque qui renouvelle et approfondit nos connaissances à ce sujet.
Dans son introduction (13–30), l’auteur dresse le tableau historiographique concernant les hérauts, les sources narratives,1 romanesques et archivistiques, l’espace bourguignon offrant un matériau de choix avec les comptes de la recette générale de toutes les finances, qui ont été intégralement dépouillés et qui offrent cinq mille références d’officiers d’armes (contre dix mille à la base de données Heraudica, pour laquelle ont été exploitées d’autres sources). Le but de l’étude est de comprendre comment s’est constitué l’office d’armes bourguignon, quelles étaient ses fonctions et quel était le lien entre l’officier d’armes et le prince et la noblesse, où la notion d’honneur jouait un rôle essentiel, pour clore avec une prosopographie des officiers d’armes, ce qui forme quatre parties bien équilibrées.
La première est donc »La constitution d’un office de cour« (31‑109). L’auteur présente l’apparition des officiers d’armes, en offrant çà et là des portraits individuels bienvenus, les ordonnances de l’hôtel étant une source privilégiée. Cependant on s’aperçoit qu’il y a des doubles: en effet, l’ordre de la Toison d’or a son roi d’armes, Toison d’or (Jean Lefèvre de Saint-Remy jusqu’en 1468) qui apparaît dans les ordonnances de l’hôtel, et son poursuivant, Fusil (Gilles Gobet jusqu’en 1468),2 qui n’apparaît pas dans les ordonnances de l’hôtel (sauf en 1458), alors que le Fusil de ces ordonnances est Georges de Poucques; peut-être aurait-il fallu démêler les liens entre ordre de la Toison d’or et hôtel. Si le zénith fut atteint sous Charles le Téméraire, le nadir le fut sous ses successeurs Habsbourg, l’éloignement de la cour jouant un rôle important.
L’organisation des officiers d’armes date du XIVe siècle, avec la hiérarchie roi, maréchal, héraut, poursuivant, sans pour autant que les rois d’armes fussent obligatoirement à la tête d’une marche d’armes. Non seulement le duc avait ses officiers d’armes, mais aussi les nobles et les villes. À la tête de l’office d’armes bourguignon se trouvait Toison d’or (qui n’était pas un roi d’armes traditionnel), et l’auteur relève justement que malgré la multiplication de leur nombre, ces officiers ne fondèrent pas un College of Arms.
Dans »Les fonctions des hérauts d’armes« (111–202), l’auteur indique leur rôle primordial, celui de messagers, jouissant de l’immunité marquée par leur tabard ou plus simplement l’émail et leur boîte à lettres armoriée, qui le cas échéant pouvait devenir diplomates. Leur rôle s’étendait à la guerre comme par leur immunité ils maintenaient le contact entre les parties belligérantes; ils assistaient aux batailles, et parcouraient leurs champs pour identifier les morts. À la cour, ils étaient indispensables lors des réjouissances comme les tournois (leur fonction originelle), les joutes et les pas d’armes qui ont vu le jour au XVe siècle, mais aussi lors des événements familiaux de la famille ducale (naissances, mariages, décès, surtout obsèques), et lors des événements politiques comme les »joyeuses entrées« dans les villes ou les couronnements pour les Habsbourg.
Puis, l’auteur considère »Le héraut [comme] miroir du prince et de la noblesse« (203–268). L’officier d’armes était le miroir héraldique de son maître, avec son tabard ou son émail armorié, aussi la vergette ou la couronne, ou encore la potence (un collier) pour Toison d’or. Non seulement le héraut portait les messages mais était aussi la voix de son maître (d’où le titre du livre), une voix protocolaire, lors de l’exercice de laquelle il lui fallait éviter les impairs. Le choix du nom de l’officier d’armes dessinait une »cartographie imaginaire des États bourguignons« (une carte aurait été bienvenue); pour les noms non géographiques un tableau aurait aidé le lecteur à mieux comprendre les appellations selon leurs sources (meubles, mots, devises, moralités …). D’autre part, il n’y a nulle trace de visitations en vue d’établir la liste des nobles d’une marche donnée. Le héraut incarnait enfin l’honneur lors des faits d’armes, il était le garant du protocole, le greffier du duel judiciaire.
Dans »Vers une prosopographie des hérauts bourguignons« (269‑356), l’auteur s’intéresse aux officiers d’armes en tant que groupe social: leurs sources de revenus (pensions, rentes, dons, gratifications dues à leur office lors d’événements divers), l’ascension sociale, même l’accès à la noblesse. En ce qui concerne leur culture, des sortes de manuels étaient composés, les hérauts avaient des connaissances géographiques à cause de leurs voyages,3 mais ils ne semblent pas avoir composé d’armoriaux et seul Jean Lefèvre de Saint-Remy a été chroniqueur.4 Le dernier chapitre est une galerie de portraits, intéressante et variée.
En conclusion (357–359), l’auteur rappelle le rôle des hérauts dans la »construction« d’un »État de noblesse et de chevalerie« et appelle à des études à l’échelle européenne.
Dans les annexes, l’auteur propose des répertoires des noms d’office, des noms des officiers, trois pièces justificatives tardives (1491, 1506, 1484, sic pour l’ordre), une bibliographie fournie (383‑413), suivie d’un index qui l’est moins.
Avec cet ouvrage attendu, Henri Simonneau apporte à la connaissance des hérauts à la fin du Moyen Âge une somme qui va faire date.
Zitationsempfehlung/Pour citer cet article:
Jacques Paviot, Rezension von/compte rendu de: Henri Simmoneau, La voix de son maître. Les hérauts d’armes au service des ducs de Bourgogne (1363–1519), Turnhout (Brepols) 2025, 426 p., 6 ill. en n/b (Burgundica, 37), ISBN 978-2-503-57569-8, DOI 10.1484/M.BURG-EB.5.113276, EUR 109,00., in: Francia-Recensio 2026/2, Mittelalter – Moyen Âge (500–1500), DOI: https://doi.org/10.11588/frrec.2026.2.116069





