Ce livre réunit principalement les textes des interventions de l’édition 2023 du »Dachauer Symposium zur Zeitgeschichte«. Le terme de »révisionnisme historique«, choisi pour le titre de l’ouvrage1 et retenu pour celui de plus de la moitié des contributions, peut sembler discutable, mais il présente l’avantage de désigner clairement son objet, qui va bien au-delà de ce qu’il convient d’appeler en France le négationnisme: les réécritures falsificatrices de l’holocauste, mais aussi celles de l’histoire du Troisième Reich et de la Seconde Guerre mondiale, tout comme les critiques radicales de la politique mémorielle en Allemagne et du rapport des Allemands à cette partie de leur passé. Certains auteurs y recourent même pour désigner aussi le traitement révisionniste de l’Empire allemand et du colonialisme ainsi que de la RDA.

Si les aspects actuels ou récents sont très présents, l’histoire du révisionnisme en Allemagne est loin d’être négligée et deux auteurs adoptent même principalement une approche historique. Le survol de Jens-Christian Wagner2 dégage en particulier d’une part l’importance de la propagande nationale-socialiste comme origine et dans l’argumentaire du discours révisionniste et d’autre part celle qu’y revêt la victimisation de l’Allemagne et des Allemands. Analysant essentiellement des déclarations d’un cadre de l’Alternative für Deutschland (AfD) de Thuringe, il décèle en outre dans le révisionnisme à l’Est de l’Allemagne, des traces du discours mémoriel officiel en RDA. Maik Tändler3 passe en revue les auteurs révisionnistes du début des années 1950 au début des années 1990, qu’il s’agisse des plus falsificateurs ou des historiens de formation ayant prôné un rejet radical de la politique mémorielle en Allemagne, mais sans oublier Armin Mohler. Il consacre la fin de son article non pas au révisionnisme d’extrême droite ces trente dernières années, mais à A. Dirk Moses, constatant la proximité d’une partie de ses thèses (vouées à la dénonciation des crimes du colonialisme) avec les argumentations révisionnistes et dénonçant sa contribution à leur acceptation croissante en Allemagne.

Les contributions de Markus Linden et de Volker Weiß abordent le révisionnisme de l’AfD et de la Nouvelle droite identitaire incarnée en particulier par Götz Kubitschek. Après quelques références à des déclarations majeures de représentants de l’AfD, Markus Linden4 présente, à des fins de comparaison, les publications d’Armin Mohler. Dépeignant ensuite les recours de l’AfD à un »révisionnisme classique«, il évoque principalement des personnalités relativisant ou niant les responsabilités allemandes dans les origines de la Seconde Guerre mondiale, puis il met en avant un »nouveau révisionnisme historique de l’AfD«, renvoyant surtout au parallélisme qu’établit le parti entre la réalité politique allemande actuelle d’une part et le Troisième Reich ainsi que le régime de la RDA d’autre part. Volker Weiß5 analyse le discours introductif de Götz Kubitschek lors de l’université d’été de l’Institut für Staatsgeschichte (IfS) en septembre 2023. Pour l’historien, ce discours, essentiellement consacré à la politique mémorielle en Allemagne, reprend les principales positions adoptées par l’extrême droite en la matière depuis la fin des années 1960 et par l’AfD avant tout.

Deux contributions portent plus particulièrement sur la diffusion médiatique du révisionnisme. Maik Fielitz et Hendrik Bitzmann6 ont analysé le traitement principalement quantitatif de sujets révisionnistes (le Troisième Reich, mais aussi la RDA, l’Empire allemand et le colonialisme) par cinq »médias alternatifs« d’extrême droite sur leur site principal de janvier 2021 à septembre 2023. Contrairement à leurs attentes, ils ont constaté que, sur le plan quantitatif, à une exception près, ce traitement était marginal. Justus H. Ulbricht7 traite principalement des maisons d’édition et de la presse d’extrême droite paraissant encore sur papier. Il évoque les interactions entre de nombreux acteurs, se situant du national-conservatisme à la droite la plus extrême, et voit dans ces interactions une similitude avec l’Empire allemand et la république de Weimar. Il s’attarde d’une part sur la série »Exil«, publiée à Dresde par la Kulturhaus Löschwitz, et d’autre part sur Götz Kubitschek, l’IfS et la maison d’édition Verlag Antaios.

Certains auteurs traitent enfin de sujets qui ne sont pas abordés traditionnellement par la recherche sur le révisionnisme. C’est tout d’abord le cas, forcément, de Fabian Virchow8, qui évoque les milieux d’opposition à la politique sanitaire du gouvernement allemand lors de la pandémie de Covid-19. Il les présente globalement, s’attarde sur leur adhésion à des récits complotistes en général et antisémites en particulier, puis distingue trois schémas de pensées révisionnistes: l’établissement d’un parallélisme entre le gouvernement et le régime nazi, l’assimilation des mesures sanitaires et surtout du vaccin aux persécutions et à l’extermination des Juifs et enfin la tendance à se comparer aux résistants au national-socialisme. Traitant du terrorisme d’extrême droite, Imanuel Baumann9 renvoie aux attentats antisémites et/ou motivés par des objectifs »révisionnistes« et s’intéresse surtout, au-delà du lien au national-socialisme, à la question de la continuité du terrorisme d’extrême droite depuis la république de Weimar. Quant à Sophie Schönberger10, elle fait apparaître dans sa présentation générale des »citoyens du Reich« (Reichsbürger) son aspect fondamentalement »révisionniste«, le dénominateur commun de cette mouvance étant précisément de postuler la continuité de l’existence de l’Empire allemand, principalement tel qu’il a été fondé par Bismarck ou à Weimar.

Dans leur introduction, Jens-Christian Wagner et Sybille Steinbacher ont souligné l’actualité du sujet de l’ouvrage, à la fois lors du symposium à l’automne 2023 et lors de son achèvement fin 2024. En ce début d’année 2026, ils citeraient certainement le résultat qu’a obtenu l’AfD aux élections au Bundestag de février 2025 et peut-être aussi la hauteur inédite de ceux qu’elle pourrait obtenir, selon les instituts de sondage, aux élections de parlements des Länder en 2026, en particulier dans le Mecklembourg-Poméranie-occidentale et en Saxe-Anhalt.

1 Associé à l’adjectif allemand rechts (de droite, très à droite, mais aussi, et en particulier ici, de la droite radicale, d’extrême droite).
2 »Zwischen Schuldabwehr, Schuldumkehr und Instrumentalisierung. Rechter Geschichtsrevisionismus in Deutschland«, 15–38. J.-C. Wagner évoque certaines difficultés liées au concept de »révisionnisme historique« et se résout à y recourir, cédant à l’usage qui s’est selon lui généralisé dans les médias et la recherche en Allemagne.
3 »›Nationalmasochismus‹ und ›jüdisches Privileg‹. Zur alt- und neurechten Abwehr der Vergangenheitsbewältigung und ihrer postkolonialen Anverwandlung«, 149–178.
4 »Der Geschichtsrevisionismus der AfD. Akteure, Organe, Inhalte«, 91–105.
5 »›Lasst uns Krieg führen!‹ Die Kampagne der extremen Rechten gegen die kritische Auseinandersetzung mit der NS-Vergangenheit«, 71–90.
6 »Digitale Parallelwelten. Revisionen von Vergangenheit und Gegenwart durch rechte Alternativmedien«, 106–121.
7 »Ressentiment-Medien, ›Metapolitik‹ und die Eroberung der Köpfe via Lektüre. Blicke nach Schnellroda und in andere Verlage der ›Neuen Rechten‹«, 122–145.
8 »Covid-19 und die Folgen. Drei Formen des Geschichtsrevisionismus im Milieu der Pandemieleugnung«, 41–53.
9 »Rechtsterrorismus als gewaltförmiger Geschichtsrevisionismus. Motive und Traditionen der Zerstörung von Geschichte und Gedenken im Kontext rechter Gewalt«, 54–68.
10 »Geschichtsrevisionismus als Rechtsrevisionismus. Die historischen und juristischen Imaginationen der Reichsbürgerwelt«, 179–197.

Zitationsempfehlung/Pour citer cet article:

François Danckaert, Rezension von/compte rendu de: Jens-Christian Wagner, Sybille Steinbacher (Hg.), Rechter Geschichtsrevisionismus in Deutschland. Formen, Felder, Ideologie, Göttingen (Wallstein) 2025, 205 S., 4 farb. Abb. (Dachauer Symposien zur Zeitgeschichte, 22), ISBN 978-3-8353-5841-6, EUR 20,00., in: Francia-Recensio 2026/1, 19.–21. Jahrhundert – Histoire contemporaine, DOI: https://doi.org/10.11588/frrec.2026.1.115164