Dans cet ouvrage, l’auteur s’est proposé de publier le »registre F de Philippe Auguste«, composé vers 1247 (BnF, fr. 9778) et qui contient les actes émis par Louis IX durant son séjour en Orient de 1248 à 1254. Or, il n’offre pas une édition diplomatique de ce registre, mais un »corpus documentaire« (titre de son chapitre 3) où sont retranscrits les actes dans un ordre chronologique, à l’aide de la copie dite »registre E de Philippe Auguste« (AN, JJ 26), avec l’ajout de certains documents puisés dans d’autres recueils, au nombre de cent vingt-six, en tout cent trente-trois. S’agissant de publication de sources, il aurait été bon d’éclairer le lecteur par l’histoire même de ces registres: pourquoi ont-ils été conservés à la Bibliothèque nationale (auparavant royale, puis impériale) et non directement aux Archives nationales (le registre E y étant transféré en 1862)?

Après une courte présentation de ces registres et de leur contenu (ch. 1, 1–7), dans un long chapitre 2, »Saint Louis en sa croisade« (9–62), l’auteur reprend les actes et le déroulement de la première croisade de Louis IX (à l’aide aussi d’autres documents) en quatorze parties: les préparatifs de la septième croisade, le contentieux avec l’abbaye de Lagrasse, l’arrivée en Orient, la campagne d’Égypte, la gestion des affaires courantes dans le delta du Nil, les premières rentes concédées à Acre (juillet–août 1250), la seconde vague de rentes concédées à Acre (février–mars 1251), les mandats de saint Louis sur le Trésor royal, saint Louis en Terre sainte, la vague de donations de mars et avril 1252, la vague de donations de juin et juillet 1252, les donations de l’année 1253, les dernières donations d’Orient (avril 1254), conclusion.

Relevons d’abord le manque d’une relecture: par exemple, aux p. 13 et 14 nous pouvons lire Saint-Louis et saint Louis, ou p. 39 et 40 d’une ligne à l’autre Plaisançais (sic) et Placentins. L’auteur a un faible pour des expressions qui nous semblent anachroniques: île d’Aphrodite pour Chypre, Agarènes pour musulmans, aurige pour conducteur de char transportant des biens, curialiste pour membre de l’hôtel du roi. Certains mots ne se trouvant pas ou rarement dans les dictionnaires auraient dû être définis: faidits (l’entrée dans Godefroy est faidif, »banni, proscrit«), faidiment, vilenage, bourgage … (10, 12, 14).

La bibliographie sur la croisade est limitée aux deux biographies de Jean Richard (1983) et de Jacques Le Goff (1996). Pourtant, il y a le chapitre »The Crusades of Louis IX« par Joseph A. Strayer dans A History of the Crusades, dir. Kenneth M. Setton, vol. II: The Later Crusades, 1189–1311, éd. Robert Lee Wolff et Harry W. Hazard (²1969) (486–518), la monographie de William Chester Jordan, Louis IX and the Challenge of the Crusade. A Study in Rulership (1979), la thèse de Dirk Reitz, Die Kreuzzüge Ludwigs IX. von Frankreich, 1248/1270 (2005), le recueil de Peter Jackson, The Seventh Crusade, 1244–1254. Sources and Documents (2007); à propos d’Eudes de Châteauroux, au lieu de se référer à Le Nain de Tillemont qui écrivait au XVIIe siècle (1), n’aurait-il pas mieux fallu citer les études récentes d’Alexis Charansonnet sur sa prédication? Plus ponctuellement indiquons le livre de W. C. Jordan, The Apple of his Eye. Converts from Islam in the Reign of Louis IX (2019) (trad. fr. La Prunelle de ses yeux. Convertis de l’islam sous le règne de Louis IX, 2020), sur la conversion des jeunes musulmans (45) ou le mémoire d’habilitation de François-Olivier Touati en 2001 sur l’ordre de Saint Lazare (60–61). Était-il nécessaire d’égratigner Jean-François Moufflet (VIII), qui a soutenu en 2024 sa thèse sur le gouvernement de saint Louis au quotidien: le pouvoir au miroir des actes?

L’auteur a bien recherché les personnages à travers la documentation du règne de Louis IX, mais pour certains plus importants comme Gilles de Saumur, Olivier de Termes ou Geoffroy de Sergines, une courte notice biographique aurait été bienvenue. Un point qui aurait peut-être mérité un développement est la place des femmes: apparaissent »maîtresse Hersende, physicienne«, traitée p. 31–32 (mais sans la référence au Dictionnaire des médecins en France au Moyen Âge d’Ernest Wickersheimer pourtant indiqué dans la bibliographie) et ces épouses ou filles, ou même mère, notamment dans les dons de l’année 1253: est-il possible de savoir si elles accompagnaient leur mari ou leur père, dans l’entourage de la reine Marguerite de Provence?

L’édition des actes est bien faite selon les normes. Un regret: les noms de lieu ne sont pas identifiés avec leur localisation, sauf une fois, pour Mésangueville, dans l’introduction (48), même si la tâche n’est pas facile. Un autre regret: pourquoi ne pas avoir ajouté dans les annexes la fameuse lettre de Louis IX à ses sujets en août 1250 (cf. 27–28)?

Sont ajoutés une courte bibliographie (169–172), un index des noms de personne et des noms de lieu.

Pierre-Vincent Claverie offre à l’historien du règne de Louis IX et de ses croisades un corpus de documents dont on ne saura se passer.

Zitationsempfehlung/Pour citer cet article:

Jacques Paviot, Rezension von/compte rendu de: Pierre-Vincent Claverie, Le registre de croisade inédit de saint Louis (1248–1254), Leiden (Brill Academic Publishers) 2025, VIII–179 p. (Mini-Monographs in Medieval and Early Modern Studies, 3), ISBN 978-90-04-72905-6, DOI 10.1163/9789004729063, EUR 89,68., in: Francia-Recensio 2026/1, Mittelalter – Moyen Âge (500–1500), DOI: https://doi.org/10.11588/frrec.2026.1.115314