Cet ouvrage est un ensemble d’articles concernant les saints du Nord de l’Angleterre de 600 à 1500. Au VIIe siècle, des cultes importants furent établis, notamment en Northumbrie celui de Cuthbert lancé par le monastère de Lindisfarne. Du fait de la pression viking, la communauté se déplaça à Durham où des reliques furent rassemblées au XIe siècle pour concrétiser un sentiment unitaire régional autour d’un passé sanctifié ainsi valorisé. Sarah Foot (»Bede’s Northern Saints«) montre que Bède avait proposé un modèle de sainteté centré sur l’imitation du Christ et spécifique au Nord. Alan T. Thaker (»The Saint in His Setting. The Physical Environment of Shrines in Northern Britain before 850«) examine les conditions matérielles du culte et de la mise en valeur des reliquaires inspirée des pratiques contemporaines à Rome et dans le monde franc.

Sarah Mccan (»Cuthbert and Boisil: Irish Influence in Northumbria«) montre l’influence du prieur de Melrose, Boisil, peut-être un irlandais, ce que Bède passe sous silence montrant ainsi ses réticences à accepter l’influence irlandaise. Alice Hicklin (»Exiles and the Exilic Experience in Stephen of Ripon’s Vita Sancti Wilfridi«) souligne l’importance du thème de l’exil dans la Vie de Wilfrid, qui reprend le modèle biblique du prophète exilé.

Alison Hudson (»St Cuthbert and the South: A North of England Saint and South of England Reformers in the Late Tenth and Early Eleventh Centuries«) s’étonne que les grands réformateurs du Xe siècle se soient intéressés au culte de Cuthbert, qui relevait alors d’une communauté manifestement non réformée; cela témoigne de l’influence de ce culte au Sud de l’Angleterre, notamment dans le royaume d’Aethelstan, ce dernier utilisant d’ailleurs ce culte pour consolider son contrôle du Nord de l’Angleterre. Après la conquête normande, Bede et Cuthbert restèrent des références fondamentales. Dominic Marner (Measuring Time and Topography in the Cult of Saint Cuthbert at Durham) montre comment le lien avec la communauté de Lindisfarne a été cultivé. en 1104, la déposition du corps de Cuthbert dans la nouvelle cathédrale fut l’occasion pour les moines de rappeler la découverte de son corps incorrompu en 698. Un poème du XIIe siècle, écrit à Durham, fait l’éloge du lieu où repose Cuthbert.

Helen Appleton (»›Æðele Geferes‹: Northern Saints in a Durham Manuscript«) montre qu’il s’agit d’un effort pour faire de Durham le nouveau Lindisfarne. Au XIIe siècle, les chanoines d’Hexham procédèrent à une translation de saints évêques oubliés. Comme le montre David Rollason (»The Hexham Bishop-Saints: Cults, History, and Power«) cette translation de 1154 a pour but d’ancrer dans le passé le récent transfert d’Hexham à l’archevêché d’York. Outre ces saints traditionnels, une nouvelle génération de saints apparaît au XIIe siècle; leurs Vies suivent les modèles de la sainteté »du Nord«.

Ainsi Dominic Alexander (»Godric and the Wild Man: The Resonances of Asceticism in Reginald of Durham’s Vita of St Godric of Finchale«) souligne les penchants du saint ermite Godric de Finchale pour des prouesses ascétiques qui sont regardées avec une certaine suspicion par l’auteur de sa Vie, Reginald de Durham, et ne trouvent leur pleine valeur que dans le cadre de la vie monastique et de l’obéissance. Margaret Coombe (»What a Performance: The Songs of St Godric of Finchale«) analyse les circonstances et le contexte de création des hymnes au Christ et à la Vierge dus à Godric: ils s’inscrivent dans le cadre d’une expérience spirituelle et incluent des gestes et des cris.

La dernière partie concerne les aspects matériels et pratiques du culte à la fin du Moyen Âge, c’est-à-dire les vitraux; en utilisant des descriptions des XVIe et XVIIe siècles Lynda Rollason (»Northern Saints and the Painted Glass of Durham Cathedral in the Later Middle Ages«) reconstitue le programme iconographique de la cathédrale de Durham au XVe siècle; celui-ci privilégie évidemment Cuthbert, peut-être dans le cadre d’une promotion du culte des saints en réponse aux attaques des Lollards. Allan Doig (»Sacred Journeys/Sacred Spaces: The Cult of St Cuthbert«) analyse comment les fidèles sont inclus dans un ensemble de pèlerinages et de processions dans et autour de la cathédrale de Durham; sur le modèle des pérégrinations du corps de Cuthbert, par exemple les moines défunts sont temporairement déposés dans le monument situé dans le cloître qui abrita un temps le corps du saint lors de son arrivé.

Enfin Richard Sharpe (»Banners of the Northern Saints«) analyse le rôle joué par les étendards portant les images des saints, perçus comme protecteurs du Nord de l’Angleterre face à l’Ecosse. Après la Réforme, la mémoire de ces saints reste vive jusqu’au XVIIe siècle, souvent critiquée mais parfois aussi traitée avec plus de sympathie: Margaret Harvey, »Contested Reputations: Attitudes to Some Northern Saints after the Reformation«.

La diversité des approches et la longueur de la période considérée permettent de souligner la prégnance de l’identité de ces figures de saints, proposées depuis Bède, qui est la référence constante, dans lesquelles le Nord de l’Angleterre se reconnaît et que les Normands intègrent ici, alors que Lanfranc de Cantorbéry se montre fort critique envers les saints du Sud. Cet ouvrage convainc donc son lectorat de l’existence d’une cohérence régionale, marquée par des figures majeures et un contexte politique déterminant – la prééminence de York, les critiques de Lollards, la menace écossaise – dans l’approche de la sainteté et des enjeux des cultes.

Zitationsempfehlung/Pour citer cet article:

Anne Wagner, Rezension von/compte rendu de: TITEL, in: Francia-Recensio 2018/4, Mittelalter – Moyen Âge (500–1500), DOI: https://doi.org/10.11588/frrec.2018.4.57366



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