Manifestement, l’histoire du corps et de la médecine offre des sujets d’études fort originaux et, parfois, c’est l’intimité de grands personnages de l’Histoire qui est dévoilée au lecteur. Étudier la santé de Louis XIV revient à explorer une dimension essentielle sur le plan biographique mais aussi, lorsque la contextualisation le permet, de resituer les tribulations d’un corps souffrant dans son époque. C’est à cette tâche que se sont attelées les deux auteures en choisissant la question, déjà traitée depuis Augustin Cabanès, d’un éventuel diabète (de type II) chez Louis XIV.

L’ouvrage publié chez L’Harmattan entend présenter le contexte médico-historique, avant d’aborder le mode de vie du roi, puis, d’identifier la nature des nombreuses pathologies décrites, notamment, dans le »Journal de santé« tenu par ses archiatres patentés. Ce sont donc des sources classiques (le »Journal« et quelques mémoires de courtisans bien renseignés) qui sont utilisées par ces deux médecins.

D’emblée, la démarche adoptée questionne le chercheur car on doit s’interroger sur l’intérêt d’établir un diagnostic rétrospectif. Goutteux et avide de sucreries, le vieux roi présentait des signes assez probants d’une maladie très répandue, notamment dans les familles aristocratiques. Aucun doute n’est permis. Mais si la question du diabète est abordée, on constate que ce sont en réalité la totalité des pathologies du monarque qui ont été cataloguées (de la gale à la lithiase urinaire …) au sein de ce petit volume. Quel est le lien entre le titre du livre et le bras démis (p. 158) ou les vers observés et décrits dans le »Journal« (p. 147)? Ces digressions sont dérangeantes et elles dénotent un manque de problématisation au profit d’une collecte disparate de tous les ennuis de santé du Roi-Soleil. L’annexe consacrée aux »tribulations dentaires« du roi a-t-elle sa place? La bibliographie comporte de nombreuses erreurs ou fautes de frappe, de quoi fragiliser la crédibilité scientifique d’une étude qui s’égare, au fil des pages, loin, très loin, du sujet annoncé. Les illustrations finales, de mauvaise qualité, apportent peu d’éléments neufs et témoignent d’une certaine improvisation. Passons sur l’allusion à Michel Onfray (p. 142) ou à Erik Orsenna (p. 82) …

Une étude simplement centrée sur l’alimentation du roi aurait été plus convaincante. Elle aurait permis d’articuler la question des repas, des dérives nutritionnelles, de l’état de la denture et, peut-être, des pathologies associées à un régime a priori déséquilibré. Encore aurait-il fallu se soucier également de l’importance symbolique et politique de rituels gastronomiques inséparables d’une vie de Cour où tout se fait en public.

Zitationsempfehlung/Pour citer cet article:

Stanis Perez, Rezension von/compte rendu de: Françoise Guillon-Metz, Mélanie Guérin-Boyer, Louis XIV un souverain diabétique ou De Regis Gallicorum re medica, Paris (L’Harmattan) 2021, 215 p., 7 ill. en n/b (Médecine à travers les siècles), ISBN 978-2-343-23231-7, EUR 22,50., in: Francia-Recensio 2022/3, Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815), DOI: https://doi.org/10.11588/frrec.2022.3.90520